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MUSIQUE / ARTS VISUELS / GEOLOGIE / PHONOGRAPHIE

ENSEMBLE EMIR
&
JEAN-LÉON PALLANDRE (PHONOGRAPHIE)
MAGALI LATIL (ARTS PLASTIQUES, VIDEO)
JEAN-FRANÇOIS DUMONT (GEOLOGIE)

CREATION IN SITU

Nous travaillons depuis de nombreuses années en étroite relation avec les espaces naturels et publics, les monuments, les places de villages… Ces espaces ou ces paysages deviennent alors la source de nos créations sonores. C’est ainsi que le projet La Ligne Rouge s’est inscrit organiquement dans notre pratique en lui apportant une dimension et des opportunités nouvelles.

Le sujet même du projet, en lien avec une particularité géologique de la région, nous a amenés sur des territoires à distance des espaces habituels du musicien ou du plasticien, c’est pour nous toute sa richesse.

Cette ligne géologique de grès rouge qui relie Cannes (06) à Toulon (83) en embrassant les massifs de L’Estérel et des Maures agit comme une frontière naturelle dissimulée dans le paysage. Elle passe par le site patrimonial de Ste Philomène (Haute-Ville, Puget-Ville (83), lieu fondateur de notre collectif. Cette particularité à frappé la curiosité de Charles Fichaux, également sculpteur-tailleur de pierre qui nous a proposé d’interroger cette roche et d’improviser sur son parcours.

Nous avons investi du temps pour effectuer des repérages sur le territoire, des expérimentations dans ces espaces naturels, et pour la conception et l’adaptation de notre pratique artistique.

L’invitation faite à Magali Latil, pour sa pratique des arts plastiques et visuels, à Jean-Léon Pallandre du label Ouie-Dire, pour son écoute phonographique et la présence de Jean François Dumont, géologue, pour sa connaissance scientifique, nous a permis d’aboutir ce travail artistique.

RÉVÉLER UN PAYSAGE DISSIMULÉ

Partir du paysage caché et de ce qu’il nous révèle pour créer, par la musique et les arts plastiques, un lien entre une mémoire gravée dans la roche et notre réalité contemporaine…

Le Var est l’un des départements de France les plus riches en diversité géologique. La ligne Rouge en est une, véritable frontière géographique et temporelle, dissimulée dans le paysage de notre région et sur laquelle se sont bâtis de nombreux villages et monuments religieux, notamment la chapelle St Philomène à Haute- Ville, siège de notre compagnie.

On y rencontre deux roches d’origines très différentes.
Un calcaire très dur, formé par des sédiments marins, que l’on connaît dans toute la région et un grès rouge, formé par l’érosion de montagnes bien plus anciennes que les Alpes : les montagnes Hercyniennes, beaucoup moins connues dans le département.
Ce front rocheux qui constitue la dépression Permienne est la partie visible de l’épaisseur d’une strate que l’on retrouve partout sur terre. A l’échelle de notre planète, cette roche constitue une transition importante au moment où le continent unique (La Pangée) se fragmente. Cette époque est aussi marquée par l’extinction en masse des espèces marines et la naissance des mammifères.

C’est à partir de cette mémoire géologique que nous avons expérimenté et imaginé ce projet de création original : partir du paysage caché et de ce qu’il nous révèle pour créer de la musique et des images qui  relient cette mémoire à notre condition contemporaine.

INTENTION ARTISTIQUE

La Ligne Rouge est une strate géologique qui correspond au passage de l’ère primaire à l’ère secondaire (fin du Permien/ début du Trias)

Jouer, filmer, créer des images ou des installations plastiques adossés à cette roche rouge si ancienne, le regard au loin sur le paysage, vers la vallée, c’est sentir qu’on peut s’appuyer sur le passé tout en étant ouvert à l’avenir. Comme une parfaite çon renouvelée et métaphore de ce qu’est pratiquer l’improvisation musicale.

La ligne rouge c’est peut-être aussi celle qu’il ne faut pas dépasser….

Elle signe la période géologique d’une des plus grandes extinctions des espèces ayant eu lieu. Elle entre alors étrangement en résonance avec la période contemporaine et la sixième grande extinction ayant lieu actuellement.
Notre présence sur La Ligne Rouge sera imprégnée par la correspondance entre ces deux époques d’extinction. Aujourd’hui, si notre savoir et nos technologies participent à la destruction du monde, la création artistique quelle que soit sa forme, n’est-elle pas un acte qui garde et redonne une conscience ? Un acte qui aiderait l’Homme à se réaccorder à sa nature sensible et profonde?

C’est à partir de cette mémoire géologique que nous avons expérimenté et imaginé ce projet de création original : partir du paysage caché et de ce qu’il nous révèle pour créer de la musique et des arts plastiques en tentant de relier cette mémoire à notre condition contemporaine.

MODE OPERATOIRE

C’est à partir de la physionomie des lieux que nous avons opéré, en les investissant et en y pratiquant nos arts. Ces temps de pratiques étaient ouverts et accessibles au public bien que la situation sanitaire liée au COVID19, n’a pas entrainé autant de rencontres que souhaité.

La préparation s’est déroulée sur plusieurs saisons aux beaux jours, entre mars et octobre : 
 Repérages et mise à jour d’un cheminement sur la Ligne Rouge, de Cannes (06) à Toulon (83).
Recherche de lieux pour des interventions in situ (monuments, ruines …), expériences sensorielles et répétitions en écho à l’environnement, captations (images, vidéo, textes…)

Des fragments de ces expériences ont été publiés sur notre site internet :
 https://www.barrephillips-emir.org/projects/la-ligne-rouge-carnet-de-recherche/

UNE RÉSIDENCE ITINÉRANTE

Chacun de ces lieux a été pris en charge par un ou plusieurs membres du collectifs qui s’en sont emparé et proposé touts sortes d’expériences : «dérives» selon la conception de Guy Debord, concerts, promenade musicales, performances visuelles et sonores en sont quelques exemples. Enfin une conférence animée par Jean François Dumont, notre géologue invité a été proposée à Puget Ville, pour un public restreint dans les respect du protocole sanitaire en vigueur.